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24/07/2016

Gueules cassées: Albéric Pont, un lyonnais oublié

Avec la guerre moderne : les blessés de la face ou «gueules cassées»

Source: Archives municipales de Lyon

 

Avec le passage à une guerre de tranchée et à cause de la modernisation de l’armement, le corps médical assiste à l’émergence d’une blessure que l’on ne connaissait jusqu'alors pas à grande échelle : la blessure faciale (près de 14 % des blessés de guerre seront concernés au cours des quatre années du conflit).

Les fusils, les obus, les lance-flammes provoquent des dégâts considérables. Les blessures dues aux balles sont plutôt du type fracture, en revanche les éclats d’obus provoquent des blessures plus difficiles à traiter car il y a alors perte de substances (peau, muscles, os …).

 
Les évacués
 "Evacués",
Aquarelle de Fargeot, éditée par l'Union des Mutilés, Lyon, 1914-1918.
4FI 4932
 

Après l’impact, c’est un long calvaire qui débute pour les blessés de la face. Sur le champ de bataille, ils sont parfois laissés pour morts, les brancardiers pensant que les blessures au visage condamnent le soldat. Et le blessé ne peut plus crier...

L’évacuation est aussi une expérience traumatisante, les blessés mettent plusieurs heures, voire plusieurs jours avant d’atteindre un premier poste de secours, puis un hôpital de l’arrière.

Ce type de blessures étant très spécifique, il apparait rapidement indispensable de mettre en place des centres spécialisés. Ainsi, la Direction du Service de Santé organise, dans chacune des régions militaires du territoire, des services spéciaux d’ophtalmologie, d’oto-rhino-laryngologie, de prothèse maxillo-faciale, d’orthopédie …

Les techniques aussi doivent évoluer. La complexité des blessures conduit les chirurgiens à inventer de nouveaux procédés et à développer des techniques de chirurgie réparatrice pour remplacer l’os (greffes) et les tissus mous (plasties locales) mais cela ne suffit pas toujours. Il faut alors avoir recours à des prothèses pour masquer les pertes de substance. Dans ce travail, les chirurgiens, qu’ils soient généralistes, ORL, stomatologistes ou ophtalmologistes, sont grandement aidés par les chirurgiens-dentistes et les prothésistes dentaires.

En région lyonnaise, qui correspond à la 14ème région militaire, c’est Albéric Pont qui prend la tête du centre maxillo-facial tandis qu’Etienne Rollet dirige le Centre national d'ophtalmologie.
 

Lyon, ville-hôpital

Dès le début de la guerre, Lyon devient une place hospitalière importante où se retrouvent des milliers de blessés et de convalescents. On trouve ainsi, dès la fin de l’année 1914, plus d’une centaine d’hôpitaux qui relèvent de différentes tutelles : autorité militaire, municipalité, Hospices Civils de Lyon (HCL), Croix-Rouge, sociétés de bienfaisance ou encore d’initiatives privées.

Les soldats blessés arrivent par wagons entiers puis sont dirigés vers les services médicaux adaptés à leurs blessures. Le corps médical lyonnais traite toutes les blessures mais il est surtout reconnu pour la chirurgie maxillo-faciale qui s’y développe dès l’automne 1914.

 

Le centre maxillo-facial pour les mutilés de la face du Dr Albéric Pont

Au début de la guerre, Albéric Pont (1870-1960) est un dentiste lyonnais âgé de 44 ans. Par patriotisme il s’engage dans le conflit et occupe la fonction d’infirmier 2ème classe à la gare de Perrache.

L’Ecole dentaire, située sur l’actuel quai Victor Augagneur (3ème arr.), étant quasiment désaffectée à ce moment là, il envisage de la transformer en un centre de soins pour les blessés de la face. Au début, il ne dispose que d’une salle de soins sans aménagements particuliers et ne soigne que des malades ambulatoires. Mais avec l’aide de sa femme et de donateurs, il met sur pied un hôpital qui fonctionne comme une fondation libre, même s’il reçoit une petite contribution des HCL. Ce premier centre maxillo-facial pour les mutilés est officiellement créé le 15 septembre 1914 après autorisation de l'Ecole dentaire et de l'Administration des HCL.

Devant l’afflux massif de patients, les HCL lui confient, dès le mois d’octobre, un service de 100 lits situé dans le 5ème arrondissement de Lyon dans les locaux de l’école des Minimes alors transformée en hôpital militaire. Rapidement un nouveau centre de chirurgie maxillo-faciale d’une capacité de 250 lits est créé quai Jayr (9ème arr.) dans les locaux d’un groupe scolaire mis à sa disposition par les autorités militaires. Les locaux étant vides, Albéric Pont doit les équiper lui-même. Il réussit à le faire grâce à de nombreux dons, notamment ceux de la famille Gillet. Ce centre est encore complété d’hôpitaux auxiliaires (la Ferrandière, Fontaines-sur-Saône, Neuville-sur-Saône…)

Dès le 10 novembre 1914 une circulaire ministérielle charge Albéric Pont d’organiser et de diriger les services de stomatologie et de prothèse maxillo-faciale en région lyonnaise. Le centre interrégional de Lyon prend sa forme définitive à la fin de l’année 1915 avec une capacité totale de 800 lits, capacité portée à 850 lits en 1917.

Pendant cette période, l’Ecole dentaire devient un centre d’appareillage fabriquant les prothèses maxillo-faciales pour ces hôpitaux.

Sur toute la durée de la guerre se sont près de 7 000 blessés qui passent par ces centres et retrouvent un visage grâce à Albéric Pont et à ses équipes.

 

Albéric Pont, un pionnier

Au début de la guerre, le service de santé de l’armée française n’est pas préparé à faire face à des lésions d’une telle gravité. Il manque de matériel adapté. Face aux dégâts constatés, Albéric Pont met au point une trousse d’urgence à utiliser immédiatement sur le front pour immobiliser les mâchoires fracturées dès la prise en charge du blessé. En complément des prothèses en céramique, vulcanite ou celluloïd, souvent lourdes et pas toujours esthétiques, il met au point une pâte spéciale pour confectionner des prothèses de nez et d'oreilles à partir de moulages. Cette pâte, facile à modeler, donne un résultat esthétique satisfaisant.

 
 
 
 

| Tags : maxillo

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